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Les yeux se posent….

Les yeux se posent, les divinités apparaissent.

Indissociables de la pierre, du bois, de l’eau, des hommes, elles font partie du quotidien népalais.

Indifférentes au cloaque, elles se nourissent d’offrandes, de légendes, d’adorations matinales, de couleurs et de fleurs.

Elles sont l’ âme d’un peuple, le forgeant sans cesse à leurs images, lui donnant le sourire et le regards des dieux

Stuppa de NAMOBUDDHA

Le Dubar de BAKTAPUR

Suppa de BODNATH

Temples à PANAUTI

Sculptures à PASHUPATINATH

Un jardin de rêve

Lorsque la fatigue se fait sentir, que le bruit, la circulation et la polution du quartier de Thamel ont atteint la limite du supportable, suivez moi …

Nous sommes sur la Tridevi Marg, qui longe le palais royal et nous accompagne vers Thamel.

Direction centre. Aprés le dernier rond point, nous longeons à main droite un mur d’enceinte.

Nous sommes dans le « Grand Thamel »

Entrons par une petite porte blanche, face au complexe commercial dans lequel se trouve une pizzéria trés connue et appréciée des touristes.

 

L’entrée est payante, mais quel bonheur de circuler dans les allées, de terminer un bouquin sur les bancs de pierre ou tout simplement de rêver hors du temps, dans ce havre de verdure.

BODNATH ou BAUDHA

Les quatre points cardinaux n’échappent pas à ces grands yeux peints sur le plus grand stupa du Népal.

Il n’y a pas si longtemps, Baudha n’était qu’un village où vivaient principalement des népalais de confession bouddhiste et quelques réfugiés tibétains arrivés à partir des années 50.

Aujourd’hui le stupa est encerclé par des constructions abritant des monastères, des boutiques, des restaurants…enfin tout ce qui peut satisfaire les touristes, de plus en plus nombreux, qui sur le chemin du circuit de leur voyage viennent contempler l’édifice, cherchant parfois à s’imprégner pendant quelques minutes de l’atmosphère de ce lieu hors du commun.

Le jour de la naissance du Buddha est une fête.

Les lamas après avoir revêtu leurs habits et leurs masques de parade se rendent en procession au stupa.

Une foule enjouée marche et danse aux sons des cymbales et des tambours.

Certains soirs de pleine lune, des milliers de lampes au beurre éclairent la nuit, dégageant une odeur âcre et enveloppant le stupa d’une lumière tamisée.

Au mois d’avril se déroule lors d’une pleine lune, une fête qui rassemble, en autre, les Tamangs.

Tous arrivent des villages. Ils danseront, boiront, prieront, et mangeront toute la nuit.

C’est aussi l’occasion, pour les familles d’arranger les mariages des filles et des garçons célibataires.

Le lendemain ils déserteront les lieux pour se rendre à Balaju.

Là sous les gargouilles crachant l’eau ils se purifieront avant d’atteindre pour un dernier rassemblement, la colline sacrée du stupa de Soyambuddhnath.

L’accès aux plus hautes « terrasses » du stupa est parfois interdit.

J’ai la nostalgie du temps ou le matin très tôt il était possible d’apercevoir, en arrière- plan des toitures dorées des gompas, les monts enneigés du Langtang.

Plusieurs légendes ont trait à la construction du stupa.

Un de mes amis népalais m’a certifié que celle qu’il allait me conter était celle à laquelle il fallait faire référence. Je lui laisse la responsabilité du propos.

 » Une princesse fort arrogante, très belle, très riche, mais ayant peu de compassion pour son prochain fut punie. Après avoir erré dans le monde des défunts, elle revint sur terre pauvre et sans attrait. Menant une vie de labeur, elle n’avait de cesse que de racheter les erreurs de sa vie antérieure. L’idée germa de construire un stupa. Ne possédant pas le terrain, elle alla voir le roi et exposa son projet. Ce dernier peut disposer à céder son bien, autorisa la construction d’un édifice de la grandeur d’une peau de buffle. La pauvresse, aidée de ses 4 fils, découpa en lanières très fine la peau de l’animal. Mis bout à bout, les filaments de cuir formèrent un cercle dans lequel le plus grand stupa du Népal se trouve aujourd’hui « 

Mon ami ne m’a pas dit, si la vieille femme après avoir une nouvelle fois arpenté le monde des défunts, eu le bonheur de renaitre sous des traits plus gracieux ou si par son geste elle avait atteint le Nirvana dont on ne revient jamais.

BUDHANILKANTA

Au sommet d’une côte nous atteignons un endroit paisible.

Sur une plate forme qui domine la ville, un temple étire en forme de U ses bâtisses anciennes.

Certaines sont comparables à des préaux, le sol est jonché de paille et quelques animaux dorment à l’abri du soleil.

D’autres sont l’habitation de dieux jalousement gardés par des vieilles femmes qui époussettent le devant des portes avec un balai à manche très court, confectionné de végétaux.

Le matériel employé les oblige à se courber en deux. Leurs vêtements drapés suivent avec élégance le rythme de chaque mouvement et l’on croit assister à des entrechats dont le rituel jailli de l’inspiration de l’interprète.

Pétales de fleurs, poudres aux couleurs flamboyantes, chromos jaunis attendent d’être achetés par les dévots qui viennent faire leur puja*.

Ce sanctuaire est le domaine de Vishnu*.

La vénération des pèlerins est à l’image de la représentation du dieu créateur de la vie.

Grande est la dévotion………… grande est la statue de Narayan*.

A-t-elle été façonnée sur place ?

La légende dit,  qu’elle était enfouie et blessée par le soc d’une charrue, elle fut découverte par un paysan labourant son champ qui vit sortir du sang de la terre.

Quels magiciens ont pu la transporter ?

Quel artiste a su faire surgir de la froide matière ce sourire bienveillant ?

Comment a-t-il su rendre protecteur le serpent cosmique Ananta*, qui dresse en forme de lances recourbées ses onze têtes au-dessus du visage divin ?

Mi-homme, mi-dieu, fallait-il que la communion soit étroite entre l’artisan et l’objet de sa foi, pour démêler dans la masse et entrelacer représentation humaine et animale !

Prestidigitateur zélé !

Virtuose inconnu, qui nous offre la vision du céleste baignant dans un bassin, tel une fleur de lotus.

Si les Dieux sont à l’image des hommes, ils n’en sont pas moins différents, comme pour forcer à leur ressembler sans jamais pouvoir s’identifier.

Ils invitent à une quête, à une recherche, à un dépassement personnel.

Cette idée se retrouve dans les écrits, mais aussi dans les représentations.

Ici, Narayan a quatre mains.

Dans chacune il tient un symbole.

La pensée, la connaissance originelle, les quatre éléments et l’univers en mouvement prennent respectivement l’apparence d’une roue, d’une massue, d’une conque marine et d’une graine de lotus.

Je me surprends à rêver dans ce havre de paix.

Appuyée sur la balustrade en fer qui protège des infidèles* la grande vasque, je perçois plus que je ne vois une étrange danse.

Le maître de ballet évolue sur le corps de Vishnu.

Il est vêtu d’une chemise sans couleur, d’un pantalon bouffant, de toile qui fût blanche, resserré en dessous des genoux, lui laissant les mollets nus. Il ne porte pas de chaussures.

Il sautille, se déplace agilement de la tête aux pieds de la statue vers les pèlerins qui lui donnent les offrandes à déposer là où il est le seul à être admis.

Femmes, hommes, enfants tendent leurs mains chargées de fleurs.

Par personne, par objets interposés ils peuvent toucher leur dieu.

Les prières résonnent sourdement.

L’encens se consume, monte en volutes pour créer un écran cotonneux.

Odeurs, couleurs, mouvements, bruits se conjuguent transformant l’espace profane en univers céleste.

La ferveur se lit sur les visages.

Figurants d’une pièce éphémère, ils n’en sont pas moins les acteurs principaux.

Sans eux la pierre ne serait que pierre.

Par eux, la pierre se pare de nuances vives, se charge d’espoir et les remplie d’un sourire intérieur.

Alors le regard s’efface laissant la place à un sentiment empreint de respect.

Il est des lieux, il est des temps où en allant à la rencontre des autres, on va à la rencontre de soi même. Buddhanilkanta* est de ces lieux, de ces temps et………… au Népal le merveilleux côtoie la poussière…

*  PUJA : offrande religieuse et prière destinée à une divinité.

*  VISHNU : Dieu hindou  préservateur de la vie, représenté avec quatre bras il chevauche l’homme oiseau Garuda.

*  NARAYAN : Au  Népal  manifestation de Vishnu allongé, créateur de l’univers, dormant sur l’océan cosmique.

*  ANANTA : serpent cosmique sur lequel repose Narayan.

*  INFIDELE : Certains  temples  hindous  sont interdits d’accès aux  non convertis. IL est parfois impossible de pénétrer dans l’enceinte,  parfois on ne peut franchir la dernière marche avant l’entrée. Les Népalais de confession autre qu’ hindouiste ne sont pas interdits d’accès.

*  BUDHANILKANTA : Situé au nord de Kathmandu à environ 10 kms  abrite la plus grande statue de Vishnu au Népal.  Dans les années 1370, devant le déclin du vishnouisme le roi Jayasthiti Malla  décréta qu’il était une réincarnation de dieu.  Depuis ce temps les rois du Népal en font autant et il leur est interdit de regarder, sous peine de mort foudroyante, le Vishnu couché de Budhanilkanta.