PANU MAYA

Lorsque je vins au monde, ma mère coupa elle même le cordon ombilical.

Elle me lava, m’emmitoufla dans un carré découpé dans un vieux sari.

La nuit je dormais entre mes parents.

Le jour je me balançais dans un panier accroché aux poutres du plafond.

Parfois attachée sur le dos de la seule femme restant au foyer, je m’endormais bercée par le rythme de sa tâche accomplie.

J’ai grandi dans le village de mes aïeux.

Quelques maisons accrochées à la colline, univers de pauvres cultures, de terres sèches, narguées par le bruit lointain de la rivière qui coule bas.

Paysage façonné par la sueur des hommes, du soleil et des pluies torrentielles.

A l’horizon, les teintes irisées dansent sur les neiges des monts himalayens.

Je me souviens et je sais !…

Je me souviens des froids matins, les yeux plein de sommeil quand je partais remplir ma hotte de fourrage.

Je sais ce chemin escarpé, si souvent emprunté, et mes bras  douloureux qui ne pouvaient  plus porter la jarre d’eau.

Je me souviens de ces  espaliers et de ces champs où  les chèvres capricieuses  m’entraînaient.

Je sais les larmes incontrôlées,  prés du poêle sans cheminée  qui enfume la pièce.

Je me souviens de ce repas  pris avant de partir à l’école,  en espérant que la faim me  laisse un peu de répit jusqu’au  soir.

Je sais ce repos, assise sur le  banc de l’école, regardant le  maître qui alignait chiffres et  lettres au tableau.

Je me souviens du chemin de  retour avec mes amies, bref  instant de jeux et d’insouciance, où l’enfance  peut s’exprimer.

Aujourd’hui j’ai 18 ans.

Les phalanges de mes doigts sont bien utiles pour compter.

Je sais lire et écrire, mais personne ne m’a jamais aidé à apprendre plus.

Un peu effrayée, je regarde le monde qui m’entoure.

Réfugiée dans les traditions, je m’instruis des coutumes de la ville.

Compromis entre hier et demain, il faut vivre l’instant présent.

Rien n’est facile, joies et peines se conjuguent au quotidien.

Aujourd’hui j’ai 18 ans.

Je berce mon enfant.

Je me souviens, je sais et j’espère, pour toi ma fille.

Panu Maya et sa fille Monica agée de 8 ans, portant la tika blanche des bouddhistes un jour de Dasain en 2008.
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Publié le août 10, 2011, dans Panu Maya, TRANCHES DE VIE. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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